Le paradoxe du dedans

L'intuition dit qu'un intérieur protège. C'est vrai du froid, du bruit, du regard. L'air obéit à une autre règle.

Les chercheurs le documentent depuis quarante ans : à l'intérieur, l'air concentre deux à cinq fois plus de polluants qu'à l'extérieur. Parfois davantage. C'est la conséquence logique de la manière dont nous habitons aujourd'hui.

Trois forces, toujours les mêmes.

L'étanchéité. Depuis cinquante ans, maisons et appartements sont construits pour retenir la chaleur. Isolation, joints, double vitrage : tout a été pensé pour tout garder à l'intérieur. Un logement étanche conserve l'air qu'il contient. L'air neuf, lui, entre au compte-gouttes. Dehors, il circule en permanence.

Les matériaux qui respirent à notre place. Un meuble en panneau aggloméré, une peinture fraîche, un canapé traité anti-taches, un tapis synthétique, un produit ménager parfumé — chacun relargue en continu des molécules, à très faible dose. Le phénomène s'appelle le dégazage. Il est normal. C'est le mode d'emploi ordinaire de la chimie moderne. L'émission elle-même est banale ; ce qui change tout, c'est le volume fermé, où elle s'accumule.

La chaleur et l'humidité. Plus il fait chaud, plus un matériau émet. Les émissions de formaldéhyde, par exemple, à peu près doublent quand la température monte de sept à dix degrés. Une pièce chauffée à 22°, peu ventilée, concentre davantage qu'une pièce fraîche, même meublée à l'identique.

Ces trois forces agissent ensemble, silencieusement. Elles passent inaperçues. C'est précisément ce qui les rend intéressantes.

Trois gestes, ce soir

Aérer dix minutes, deux fois par jour, même l'hiver. Ouvrir en grand. Dix minutes suffisent à renouveler l'essentiel du volume d'air, tout en préservant la chaleur des murs. C'est le geste le plus rentable du logement.

Laisser dégazer les meubles neufs avant de les installer. Un meuble, un matelas, un tapis neufs émettent le plus fort pendant leurs premières 48 à 72 heures. Déballer complètement dès l'achat — films plastiques compris — et aérer en grand deux à trois jours. Dans un garage, sur un balcon, ou simplement fenêtres ouvertes en continu dans la pièce la plus ventilée. Les premières émissions, les plus fortes, s'évacuent ainsi.

Simplifier les produits ménagers. Plus un produit est simple, plus il se fait oublier après usage. Vinaigre blanc, savon noir, bicarbonate couvrent l'essentiel. Les parfums d'intérieur, eux, se contentent d'ajouter.

Trois gestes simples. Un pas à la fois
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Trois chemins qu'on ne voit pas