Trois chemins qu'on ne voit pas

Quand on évoque la chimie d'un intérieur, un exemple revient toujours : les PFAS dans les poêles anti-adhésives. Le chemin paraît clair — un revêtement, de la chaleur, un aliment au contact qui sera ensuite ingéré. Dès qu'une substance touche la peau ou passe dans la bouche, son trajet vers l'organisme se laisse aisément imaginer.

Mais un matelas, un rideau de douche, un meuble en bois reconstitué ? Eux ne s'avalent pas, ne se posent pas sur la peau. Et pourtant, leur composition trouve sa voie jusqu'à nous.

Comment ?

Trois voies, toujours les mêmes.

L'air qu'on respire. Certaines substances s'évaporent en continu depuis les matériaux qui les contiennent. Les colles et les vernis utilisés dans la fabrication des meubles, les panneaux de bois reconstitué, les mousses, les textiles synthétiques — tous relâchent à très faible dose des molécules dans l'air ambiant. Le formaldéhyde en est la figure familière, présent dans les résines de nombreux meubles en bois reconstitué. Les autres composés organiques volatils, eux, viennent des solvants et des produits d'entretien parfumés. Depuis moins d'une décennie, des travaux scientifiques — à commencer par ceux de l'École des Ponts ParisTech, qui a publié dès 2017 les premières mesures européennes sur le sujet — ont mis en évidence la présence de microplastiques en suspension dans l'air intérieur. Toutes ces substances ont en commun la légèreté. Elles partent du matériau et restent en suspension le temps de croiser une respiration.

La poussière qui se dépose. La deuxième voie est moins évidente. Certaines substances sont trop lourdes pour rester gazeuses, mais trop volatiles pour rester ancrées dans leur matériau. Elles glissent lentement vers l'environnement, et se redéposent. Les phtalates, ces molécules qui rendent souples certains plastiques, en sont l'exemple le mieux étudié : on les retrouve principalement dans la poussière des sols et sur les meubles. Les retardateurs de flammes semi-volatils suivent la même logique. La poussière domestique conserve, en quelque sorte, la mémoire chimique du logement. Chez l'adulte, le contact reste limité. Chez l'enfant, dont la main porte fréquemment à la bouche, cette voie devient une porte d'entrée.

Le contact direct. La troisième voie est la plus immédiate. Elle concerne les substances qui passent d'un matériau vers un aliment ou vers la peau, par contact. Le bisphénol A peut migrer depuis certains contenants en plastique rigide vers leur contenu, surtout quand celui-ci est chaud. L'antimoine, qui sert à fabriquer le plastique PET, peut migrer vers une boisson exposée au soleil ou à la chaleur prolongée. Le nickel et l'aluminium suivent une logique voisine dans certaines vaisselles, au contact d'aliments acides (tomate, citron, vinaigre) ou de mijotages longs. Plus le contact se prolonge, plus la quantité migrée s'accumule — un aliment conservé plusieurs jours dans un contenant en plastique en reçoit davantage qu'un aliment qui n'y séjourne qu'une heure. Cette voie reste circonscrite, mais elle est la plus directe entre un matériau et un organisme.

Une substance contenue dans un objet n'atteint jamais l'habitant directement. Elle emprunte toujours une de ces trois voies — l'air, la poussière, le contact.

Les reconnaître, c'est déjà mieux comprendre son intérieur.
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Le paradoxe du dedans